Nous croyons en l’école, parce qu’elle permet à chacun d’y grandir comme une personne humaine, libre et responsable. L’école est un « atelier d’humanité»…
Nous croyons en l’école pour que l’ignorance y soit combattue. Car l’ignorance construit la peur, qu’elle contredit la fraternité quand elle est d’abord ignorer l’autre, refuser de le connaître ou de le reconnaître. Toute peur, si elle n’est pas dépassée, renforce ces formes de communautarisme qui s’opposent à une société fraternelle. La fraternité se vit, dans nos murs, dans la relation à l’autre, dans la reconnaissance de la différence.
Nous croyons à une école de la fraternité… Cet acte de barbarie -l’assassinat de l’un des nôtres, confirme la nécessité d’y travailler plus encore. Nous ne reculerons pas sur notre confiance dans la possibilité d’une fraternité entre les personnes, possibilité d’un « pacte éducatif » partagé entre tous dans un esprit d’alliance, d’amitié, de dialogue.
Nous avons confiance en ceux qui font l’école. N’ayez pas peur ! Votre mission éducative n’est pas vaine, et ses fruits d’humanisation l’emporteront finalement sur le mal…
Nous avons confiance dans les enseignants, qui font un travail merveilleux, et jouent un rôle-clé dans le combat contre l’ignorance et dans l’édification d’un bien-vivre ensemble.
Nous avons confiance dans la qualité des relations avec les familles, et dans leur participation à un « pacte éducatif » où elles ont pleinement leur place.
Nous avons confiance dans les élèves, dont les aspirations fraternelles, l’aspiration à un monde plus respectueux des personnes et plus respectueux des biens qui leur ont été confiés, sont profondes.
Nous avons confiance dans les chefs d’établissements, qui sont les garants de la coopération et de l’unité de tous.
Nous avons confiance en la force d’une communauté éducative où chacun puisse apporter quelque chose d’original… Parce que nous croyons que, dans une société fraternelle, ce que chacun est en propre ne s’oppose pas à ce qui nous est commun. En ce sens, nous ne croyons pas que l’école puisse se limiter à une conception étroite de la neutralité, c’est-à-dire l’incapacité de parler d’un certain nombre de choses, de parler de ce à quoi l’on croit ou ne croit pas, une école où Dieu resterait à la porte. C’est dans l’expression de la diversité que se trouve la concorde, et c’est pourquoi nous avons foi en une école qui ne soit pas faite d’exclusion ou d’uniformité, mais de dialogue des diversités. « L’avenir n’est pas monochromatique… Il est possible si nous avons le courage de le regarder dans la variété et dans la diversité de ce que chacun peut apporter » (Pape François, Fratelli Tutti).
Nous croyons en une école du dialogue et de la rencontre, et qui ne cesse de les promouvoir : dialogue entre les personnes, dialogue entre les cultures et les religions, dialogue entre les savoirs, dialogue entre la foi et la raison, dialogue avec la société. Nous devons susciter le dialogue dans les classes. Nous le ferons en continuant à être attentifs à chacun, notamment à ceux qui sont plus fragiles que les autres.
Cette culture du dialogue fait partie intégrante de notre projet éducatif fondé sur l’Évangile du Christ, Lui qui s’est toujours porté vers les autres, Lui qui a parlé avec tous ceux qu’Il rencontrait, Lui qui est venu partager toute condition humaine, partager les joies, les douleurs et les espoirs de l’humanité, Lui qui s’est fait notre frère.
Nous croyons qu’il faut offrir à chacun la possibilité de faire à l’école l’expérience d’une communauté fraternelle et solidaire, où tous, nous soyons vraiment responsables de tous. Un « milieu ambiant » empreint de fraternité indispensable à l’éducation, à la croissance en humanité et à l’apprentissage d’une amitié sociale, qui invite les jeunes à servir un monde de justice, de réconciliation et de paix.
Nous avons donc confiance en l’école, et en l’école catholique avec ce qu’elle a de spécifique, pour participer au « pacte républicain ». Un « pacte » qui protège nos libertés fondamentales, dont celle de la liberté d’expression, dont celle de la liberté d’enseignement ; un « pacte » où l’égalité permet que l’éducation soit ouverte à tous sans discrimination ; un « pacte » enfin, et je le souligne, qui traduise une fraternité réelle, c’est-à-dire un « pacte » où la concorde nationale est fondée sur la confiance et le dialogue. C’est ainsi que se comprend la laïcité, qui ne peut pas être une fin en soi, mais plutôt le moyen d’un bien-vivre ensemble.
Je vous invite à bâtir ensemble une école de la fraternité…
A tous, à vous tous, chefs d’établissement, enseignants, éducateurs, bénévoles, parents, et bien sûr aux élèves, je veux dire combien nous avons confiance en votre capacité à bâtir une vraie fraternité éducative.
Le Pape François nous y invite avec Fratelli tutti… « Nous voyons ainsi semée la vocation à former une communauté composée de frères qui s’accueillent réciproquement, en prenant soin les uns des autres ».
Je vous invite, je nous invite, à une éducation fraternelle et une fraternité éducative.
Vous avez ma confiance, mon amitié, et ma prière.

Philippe DELORME